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Conte Afrique : Comment Mulikamu apprit aux fainéants à travailler?

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« Il y a bien longtemps de cela, un peuple de grands fainéants vivait au bord du Bon Fleuve. Le sol y était fertile et bien humidifié par l’eau du fleuve, si bien que le bétail paissait seul dans les pâturages verdoyants. »

Les femmes faisaient le peu qu’il y avait à faire, quant aux hommes, ils ne faisaient que paresser et boire de la bière. Un jour, un étranger arriva au pays du Bon Fleuve. Il ne s’occupait de personne, ne cherchait pas d’amis, mais ne dérangeait personne. Il se construisit une belle maison, très spacieuse, et travailla sans relâche, du matin au soir. Cela finit par déranger certains.

Non parce qu’il avait pris la terre sans en demander la permission (il y en avait assez pour tout le monde), ni parce qu’il chassait et pêchait (il y avait assez de gibier dans la steppe et de poisson dans le fleuve). C’était son attachement au travail qui ennuyait les gens. Ainsi, on le surnomma Mulikamu, ce qui veut dire travailleur. L’étranger devint la risée des hommes qui, à force de se moquer de lui, finirent par le détester.

Ils disaient :  » Curieux personnage ! Il ne parle avec personne et ne fait que travailler. On ne peut rien espérer de bon d’un tel individu.  » Un jour, ils organisèrent un grand rassemblement auquel ils invitèrent également l’étranger Mulikamu. À cette occasion, le sorcier s’adressa à l’assemblée :  » Depuis peu, un curieux étranger s’est installé dans notre pays. Il ne salue personne et ne parle à personne.

Il s’est construit une maison et a pris notre terre. Il chasse dans notre steppe et pêche dans notre fleuve et surtout, il travaille sans relâche. Or , le travail n’est pas l’affaire des hommes, les femmes sont là pour cela. Cet étranger introduit de nouvelles mœurs chez nous, offensant le Bon Fleuve qui nous nourrit. Qu’allons-nous faire de lui ?  » Tous se mirent à crier :  » Qu’il s’en aille !

Nous ne voulons pas de lui parmi nous !  » Mulikamu prit la parole :  » Écoutez ce que j’ai à vous dire. Avant que je m’installe parmi vous, le grand Mguri-mgori m’est apparu en rêve pour me demander d’aller vous trouver et de vous apprendre à travailler. Vous êtes fainéants, et votre paresse finira par vous coûter la vie. Je suis là pour empêcher cela.  » Exaspérée, l’assemblée hurla de plus belle.

« Je vois que vous courez à votre perte « , conclut Mulikamu. Il quitta alors le beau pays du Bon Fleuve. Pendant longtemps, on n’entendit plus parler de lui. Un jour cependant, des gens qui redescendaient le fleuve, revinrent avec des nouvelles de Mulikamu. Après s’être installé plus en aval, il avait acheté vingt femmes avec lesquelles il charriait de lourdes pierres et des troncs d’arbres pour les précipiter dans le fleuve, à l’endroit où il était le plus étroit. Les fainéants rirent de bon coeur :  » Mulikamu est devenu fou.

Le travail lui a ôté la raison.  » Ils ne rirent pas longtemps. La saison des pluies vint et le fleuve déborda. À chaque saison des pluies, l’eau montait dans le fleuve, inondant les environs. Par la suite, le fleuve retournait dans son lit, laissant derrière lui un limon fertile. Or cette fois-ci, l’eau ne baissait pas, tout au contraire. L’inondation progressait, détruisant les maisons, tuant hommes et bétail à son passage. Ce fut seulement à cet instant que les hommes comprirent que Mulikamu s’était vengé en construisant un ouvrage sur le fleuve avec ses femmes, barrage qui transforma la vallée en un grand lac.

Désespérée, la population fuit l’inondation dans la forêt et, une fois passée la saison des pluies, elle revint dans la vallée pour y reconstruire de nouveaux villages, labourer de nouveaux champs et élever de nouveaux troupeaux au bord du lac. Les hommes les plus sagaces commencèrent à comprendre que pour Mulikamu, il ne s’agissait pas de vengeance. En réalité, il les avait sauvés en accomplissant le voeu du grand Mguri-mgori qui était de leur apprendre à travailler. Ainsi, les hommes qui vivaient au bord du lac qui se forma sur le Bon Fleuve cessèrent de paresser et devinrent travailleurs. Depuis ce temps, le peuple de cette contrée vénère Mulikamu. Il lui fait des offrandes et l’appelle au secours le cas échéant, comme s’il était un dieu.

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